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João Jacinto

 

Texts

 

 

What painting is by James Elkins

Traduction française plus bas

 

Here are some fragments from the book: "what painting is"

by James Elkins

 

"Yet somehow it is necessary to keep working, and find some use for the awful leftovers of life that has been lived so many times over in the same room."

 

"act of painting is an act of violence against the liquidity of our thoughts"

 

"like a necrosis creeping through healthy tissue"

 

"It's a self-portrait of the painter, but it is also a self-portrait of paint"

 

"The painter's face becomes a portrait of the substances that filled is mind"

 

And the House is the place of painting

 

And Painting is

 

"struggling with materials, and not quite understanding what is happening"

 

"the fundamental anxiety of painterly method is that it may not exist."

 

"more than any other art, painting expresses the place between rule and rulelessness in which we all find ouerselves"

 

"the studio as a kind of psychosis"

 

"for painters the studio is the prison house, and paints are the fluids that circulate inside it."

 

 

 

Traduction française

  

Voici quelques extraits du livre "Ce qu’est la peinture", par James Elkins

 

« Et pourtant, il est nécessaire de continuer à travailler et de trouver une utilité aux affreux restes d’une vie vécue de trop nombreuses fois dans la même pièce ».

 

« L’action de peindre est un acte de violence contre l’aspect liquide de nos pensées. »

 

«  Comme une nécrose suintant à travers un tissu vivant. »

 

« C’est un autoportrait du peintre, mais c’est aussi un autoportrait de peinture. »

 

« Le visage du peintre devient un portrait des substances qui remplissent son esprit. »

 

Et la Maison est le lieu de la peinture.

 

Et la Peinture est

 

«  Se battre avec les matières et ne pas vraiment comprendre ce qui se passe. »

 

«  L’anxiété fondamentale de la méthode picturale est qu’elle n’existe peut-être pas en tant que telle. »

 

« Plus que tout autre art, la peinture exprime le lieu entre la règle et l’absence de règles où nous nous retrouvons tous. »

 

« L’atelier comme une sorte de psychose. »

 

« Pour les peintres, l’atelier est la prison, et les couleurs sont les fluides qui y circulent. »

 

Traduction: Louise Dubois

 

 

 

 

 

Poem by Fernando Luis Sampaio

Version française plus bas

 

 

A Luz Que Dispersa o Destino

 

É o dia da tua morte e a água do céu

Suturado pela luz que dispersou o destino

Cai sombria sobre os sacos de lixo.

 

As tuas mãos acenaram a derradeira canção,

Espécie de aluvião multicolor, e a canção

Era a água do abismo em que o teu corpo

Se calava.

 

O dia da tua morte acende os fumegantes

Corredores deste bar esquecido, estende

 

A mão para atravessar a rua, e mesmo

Que a alma ainda ilumine a terra,

 

 

Todos os momentos

Que amaste e que te amaram

Hão-de cantar a canção

 

Que dispersa o destino, porque

A vida é matéria inflamável,

A morte a sua  salvação.

 

 

Fernando Luís Sampaio

 

 

Version française :

 

La Lumière Dissipe le Destin

 

 

C’est le jour de ta mort et l’eau du ciel

Recousu par la lumière qui dissipe le destin

Tombe ombragée sur les déchets.

 

Tes mains chantaient la dernière chanson,

Alluvion multicolore, et la chanson

N’était  que l’eau de l’abîme où ton corps

Se taisait.

 

Le jour de ta mort allume les

Couloirs de ce bar embrumé, tend

La main pour traverser la rue et si

Ton âme illumine encore la terre,

 

Tous les moments que tu as aimés

Et ceux qui t’ont aimé,

Chanteront la lumière

 

Qui dissipe le destin,

Vu que la vie , substance qui s’enflamme,

Trouve dans la mort sa délivrance.

 

Fernando Luís Sampaio

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"La peinture comme doux reflet de la nature"

  

« Les derniers tableaux de João Jacinto consacrent une véritable libération de la couleur. Au point qu’il n’est pas toujours possible de voir si celle-ci est organiquement naturelle ou synthétique. Elle mène en fait une vie propre et impitoyable. Elle est devenue un existant propre, aux côtés ou dans la nature. Libérée de ses fonctionnalités et de ses obligations, elle ne fait partie ni du monde extérieur, ni du monde intérieur.

 

Elle n’inspire aucune théorie, ne suscite aucune émotion. Elle ne connaît ni la beauté, ni la laideur. Est-elle condition de la peinture ou, au contraire, l’a-t-elle détrônée ? Dans sa vitalité, elle est presque agressive. Elle est, à elle seule, le véhicule de la matière et de l’énergie.

 

La couleur se joue d’elle-même, sans scrupule. Sans aucune illusion, elle se rapproche d’une existence bactérienne, végétale ou toute autre forme de vie organique. Ses métamorphoses se déploient dans l’espace, fuient en droite ligne, forment des couches, se contractent, prolifèrent, fondent. La couleur irradie et s’évanouit, se donne naissance à elle-même, vieillit et meurt.

 

Bien qu’autocentrée, la couleur chez Jacinto n’élude pas l’observation. Elle n’est ni autiste, ni élitiste. Ces peintures sont issues du besoin de communiquer qu’éprouve l’artiste : elles demandent à être vue. Ces créatures de couleurs s’émancipent de leur créateur. Elles ne présentent aucun style singulier ou caractéristique, ni aucune affectation psychographique. Elles sont néanmoins gorgées de la sensualité de l’artiste, de sa philosophie et, plus que tout, de sa poésie. Si elles amplifient leur propre idiosyncrasie, elles n’en ont pas moins adopté les dons de Jacinto – dans leur mode de communication, elles en sont même les légataires. Dans sa méditation « Perversion, sensualité et évocation : le nouveau sens du décoratif », João Lima Pinharanda désigne, entre autres, l’alchimie présente dans l’œuvre de Jacinto. Cette lecture est très certainement vouée à être approfondie : son utilisation absolue de la couleur pouvant être vue comme la quête de la pierre philosophale – la légendaire pierre de la sagesse - comme métaphore d’une recherche d’une spiritualité plus profonde, plus pure.

 

Mais l’œuvre de Jacinto refuse toute interprétation ésotérique. L’alchimie ou, mieux encore : l’art hermétique se fonde sur des théories issues de la philosophie de la nature. Il puise ses racines dans une compréhension dynamique de la nature. Hermès, le messager des dieux – qui a donné son nom à l’hermétisme – est considéré comme le symbole mythologique originel de la transformation technologique et artistique de tout étant naturel. Hermès n’apparaît pas seulement comme un médiateur d’informations ou l’artiste ingénieur dont on dit qu’il est, lui qui a inventé le nombre, le calcul, la mesure – et surtout la mesure du temps, de la musique, de l’astronomie, de la médecine et de l’écriture. Tout comme son prédécesseur égyptien, le vieux dieu Thot, Hermès incarne l’inépuisable richesse des arts et des inventions qui jouent avec les matières et les formes.

 

L’alchimie a pour objet, précisément, d’acter le changement des formes, soit, à l’origine de procéder à un changement de l’esprit. Un bon alchimiste perpétue l’œuvre de la nature, il se voue à être un accoucheur sensible et non un dominateur technocrate.

 

L’hermétisme peut être compris comme une discipline philosophique traditionnelle, dont l’objet est de comprendre autrement l’art, la technologie et la nature. Il attribue à la nature matérielle un potentiel artistique et technique, un pouvoir autonome de changement structurel. Il considère l’artiste et le technicien comme un alchimiste, faisant partie fonctionnellement intégrante de la nature. « L’art, comme toute technologie, est la nature, et vice versa. »

 

Si vous voyez en Jacinto l’artiste et l’alchimiste, vous pourrez voir dans la radicale autonomie de sa couleur la métaphore d’une réflexion alternative et bienveillante sur la nature. Son art ouvre sur une vision philosophique du monde. Tout comme Hermès lie les dieux et les humains par ses mots et ses nombres, Jacinto utilise la couleur pour réunir la matière et l’esprit. Enfin, le Dieu grec avait inventé la musique pour donner de la transcendance à la terre. Jacinto parvient lui à toucher les sens par la poésie de sa peinture libre. »

                                                                              

 

Extrait du texte d’Hans Günter Golinski, Directeur du Musée d'art contemporain de Bochum, (Allemagne)