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Evelien Hiele

 

Texts

 

 

"Un ordre toujours imparfait"

  

Evelien Hiele pratique suffisamment la peinture pour ne pas oublier qu’au premier chef, ses tableaux doivent être des tableaux, et la brosse suffisamment réfléchie, la couleur utilisée avec sens, au même titre que la composition et la qualité graphique et picturale. Et c’est cette rigueur qui procure à son œuvre une force sans laquelle le spectateur ne verrait que de l’illustration anecdotique, moralisatrice, sentimentale. C’est tout l’inverse que parvient à créer Evelien Hiele (âgée de 25 ans à peine): des images fortes, prenantes, captivantes, qui établissent un dialogue avec chacun de nous mais qui, en plus, s’adressent à nous tous, de manière universelle. Voilà une œuvre encore jeune et néanmoins cohérente, portant une voix déjà reconnaissable, affirmée et claire.

 

De quoi parle cette voix ? Evelien Hiele préfère ne pas le déterminer. Non que l’indécision soit une stratégie choisie. Evelien Hiele communique, à travers ses signaux forts, la recherche, l’incertitude, l’inconnu aussi.

 

Les études sur A4, qui précèdent souvent les tableaux, sont des « techniques mixtes » : collage, acrylique, crayon. Evelien Hiele se laisse guider par sa lecture des visuels dans la presse : les formes qui l’interpellent, elle les place, sans les copier telles quelles, comme des accessoires dans un paysage devenant, ce faisant, décor. De quelle pièce, le décor ? Cela n’est pas clair. Evelien Hiele crée surtout des atmosphères, réveille des émotions. Heureusement, ces images ne sont pas suffisamment littérales pour ne susciter qu’une émotion donnée. Elles restent énigmatiques, intrigantes.

 

Parfois, on reconnaît un personnage. Pourtant, dit Evelien Hiele, « ces gens que je peins ne sont plus des gens. Ce sont des acteurs sans visage, dans un paysage vide. Oui, j’ai conscience du fait que mon travail pourrait avoir des connotations écologiques. Les sujets liés à l'écologie m'attirent, comme d'ailleurs les images et les articles sur les lieux abandonnés ou les endroits mutilés volontairement ou non par l'intervention de l'homme". ». Evelien Hiele traite de la fragilité de l’être humain en recherche, dans un monde dégradé. Elle est une enfant de son temps.

 

Sur un des tableaux, on distingue une forme circulaire, verte dans le bas de la toile. L’étude fait apparaître qu’il s’agit d’une curiosité géologique, au départ : une grosse racine en forme de récipient. Dans la moitié supérieure de la toile, Evelien Hiele a peint un fragment de filet orange en plastique, tel qu’on en voit dans les travaux de voirie. Un des piquets auxquels ce plastique est accroché, est de guingois.

 

Il y a du reste, beaucoup de pieux et de piquets dans les peintures d’Evelien Hiele. Souvent, ils sont rouges et blanc, comme les pieux des géomètres. Ils apparaissent généralement en référence à des personnages absents ou à des éléments nécessaires pour l’une ou l’autre activité humaine (au niveau pictural, ce sont d’ailleurs toujours des éléments graphiques), et, toujours, à quelque chose qui fait défaut. Impossible de domestiquer des terres sauvages. Ces tableaux véhiculent quelque chose de dramatique : l’ordre conféré au paysage postindustriel – en soi désolant – est incomplet, et ne peut en être autrement car toujours arbitraire. Il est ici fait référence à notre maladroite tentative de faire du monde un monde vivable, voire, pire encore, de le vouloir maîtriser. Comme si nous avions droit de cité.

 

Pieux et drapeaux renvoient à un ordre en ce que l’ordre suppose aussi des limites. Ils dénoncent notre puérile volonté à saisir l’insaisissable. Les référents aux jouets et aux constructions modèles ne sont pas loin non plus. Et ce sont ces éléments qui donnent aux tableaux d’Evelien Hiele une certaine légèreté,  qui permet qu’ils ne versent pas dans une dimension littéralement dramatique.

 

 

 

Pascal Cornet

 

 

 

 

"An ever imperfect arrangement"

 

Evelien Hiele is enough of a painter to realize paintings should first and foremost be paintings: with a measured touch, with consideration for colour, composition, graphic and pictorial quality. As a result, her work breathes force, without which it would loose meaning and be nothing more than an anecdotal, moralising, sentimental illustration. But thanks to this force, the opposite is true: Evelien Hiele succeeds in creating lasting, meaningful, strong images, in spite of her young age (she is barely 25). These images not only appeal to us on their own, they also touch us as a whole: this young oeuvre is consistent and represents a very recognizable, loud and clear voice. 

 

So what does this voice talk about? Evelien Hiele prefers not to answer that question. This indecisiveness is not a conscious strategy. It is Evelien Hiele’s way of communicating, as her strong signals also speak of the quest, of uncertainty, of the unknown.

 

The A4 studies that often precede the paintings use mixed techniques: collage, acryl, pencil. Evelien Hiele is guided by pictures she sees in the newspaper. Shapes that appeal to her become an inspiration and she uses them as requisites in a landscape that results as such in a décor. A décor of what exactly? That’s not an easy question. Evelien Hiele creates an atmosphere; she generates emotions. Luckily, these images are ambiguous enough as to force more than one, well-defined emotion upon us. They remain enigmatic. They intrigue us.

 

From time to time, a human figure appears. However, Evelien Hiele states: “The people I depict, no longer are humans. They are the faceless figurants in an empty landscape. Yes, I do realize my work could invoke ecological connotations. In the newspaper. I'm also interested in green issues, as well as in images and articles about deserted places or damaged spots - whether the destruction was voluntary or not. ” Evelien Hiele talks of the vulnerability of the searching human being in a damaged world. She is a child of her time.

 

On one of the paintings we see a green, circular shape at the bottom. The study reveals its starting point was a geological curiosum: a large, bowl-shaped rock. On the top half of the canvas, Evelien Hiele has painted an orange plastic fence, like the one you often see at road works. It has round holes to prevent it from flying away. One of the poles of the fence stands askew.

 

Evelien Hiele’s paintings have many askew poles. Often, they are white-red surveyor poles. There is often something wrong with the order that is created with these elements that refer to absent people and human activity. Pictorially speaking, these are also always graphic elements. The domestication of the wild land fails. That gives these paintings a sense of drama: the order imposed upon the desolate, post-industrial landscape, is far from perfect. It cannot be anything but imperfect as it is always arbitrary. It represents our clumsy attempt to turn the world into our habitat, or worse still, to control it. As if we were able to do so...

 

The poles and flags also indicate order because they refer to boundaries. They are the witnesses of our childish attempts to map out the immeasurable and the incomprehensible. A connotation with toys and models is never far away. As a result, these paintings have lightness about them. They are never the victims of a burdensome weight.

 

Pascal Cornet